Probablement tous les villages ont-ils leur particularités. Surtout quant il s'agit de villages bretons,
maritimes et éloignés de la vie urbaine.
Mais, entre nous soit dit, je crois que mon village est le plus romanesque au monde. Oui. Vous avez bien
lu. Au monde. Ne le dites à personne mais .. dans mon village, il y a des PIRATES.
Les naufrageurs. Le pays Païen. Le renard des grèves. Les
bateaux chargés de drogues qui accostent la nuit. Les marchands de rêves.
Légendes ou réalité ? Info ou intox ? Rumeur ou faits avérés ?
En tous cas, moi, je peux vous le dire, les PIRATES
existent, j'ai plongé avec eux.
Là-bas, ils sont connus comme le loup blanc. Chaque pêcheur, chaque paysan, chaque kerlouanais connaît
leur nom, leur maison. Les touristes, et même les promeneurs des autres pays de la côte peuvent passer devant leur repaire sans se douter de rien. Un touriste, c'est fait pour passer son chemin. Un promeneur aussi. Nous, nous
savons tous.
Je l'avoue, la première fois , j'ai eu un moment de surprise.
C'était une nuit sans lune, froide et noire. Nous étions assis près du dolmen autour duquel est construite leur maison. Sans doute refaisions nous le monde, sans doute
fumaient-ils quelques herbes de marchands de rêves.
Il est entré dans la pièce avec le vent et la nuit. Je me rappelle des ses bottes, de sa tenue. « Je vais
travailler ».
Et là, tu ne dis rien. Bon, t'es un peu perplexe mais une apprentie aventurière sait quand il faut se taire. Alors tu,
souris « Ok, cool, man ».
Alors tu sais que c'est vrai. Ils vivent de ça. La pêche en scaphandre d'ormeaux.
Totalement interdite bien sûr. La rumeur dit que les premiers festoyeurs sont les hommes en uniforme bleus. Moi, je ne sais pas. Je nierai avoir vu cela.
« Mais au fait tu as ton BE toi ! Tu pourrais venir plonger avec nous demain ».
Ulysse « euh, oui moi je ne remonte rien »
Mr Pirate « C'est bon, déjà qu'on te prête le matos gratis, t'imagines qu'on va te laisser remonter notre
business ».
Jour J
Aucun moniteur à bord bien sûr. Pas de pavillon de plongée (on se demande pourquoi !). Matos rouillé. Quand
est-ce que je leur dit que mon brevet élémentaire, je viens juste de le passer et que, je l'avoue sans fausse honte, déjà dans les eaux claires et chaudes de Marseille, je n'en menais pas
large ? Au secours. Au secours. Même que je suis la seule fille. Même que j'ai pas de stab. Et comment on la règle déjà la sous-cuttale ?
Je tente un regard désespéré vers mes compagnons de mer. Y a pas de femmes sur un bateau. Rien à cirer de ma pomme. Chacun pour soi et Dieu pour tous.
Ils sont tous déjà à 10 pieds sous ... mer. Plus d'issue. Je me jette à l'eau, advienne que pourra.
AH ! C'est froid, c'est noir, c'est visqueux, et y à la mer qui me
pousse. J'expire. Brrrr. C'est quoi ce bruit dans mon détendeur ? J'inspire. J'expire. Brrrrrrrr. C'est vrai que d'un côté c'est sympa d'être seule dans l'océan noir et froid. De
l'autre, je tiens à rappeler qu'on avait dit « le monde du silence » crénom de nom. Brrrrrrr. Brrrrrr.
Et si j'allais voir là-haut ? Oui, parce que c'est beau à regarder, aussi, la mer. Je ne sais pas comment j'ai
fait pour remonter toute seule sur le bateau. Mais ce que je sais, c'est que certains ont perdu la foi pour moins que ça !
Sauvée.
Ah ce qu'on est bien sur un bateau, seule , tranquille, peinard.
Tiens une vedette dans le lointain ? Une vedette style
militaire. Tiens, tiens , étrange. La vedette vient droit sur moi. De la visite, c'est toujours
sympathique.
« Oh mais Muriel, c'est toi ! Qu'est-ce que tu fais toute seule sur ce bateau ! »
Ulysse : « Oh tu sais , pas grand chose, et toi ? »
« Je fais mon service »
Ulysse : « Cool, et alors raconte, que deviens-tu ? »
On se raconte notre vie. Normal. Et nous nous quittons sur un Kenavo Ar'véchal.
Les plongeurs remontent. Ah tiens, je les avais carrément oublié ceux-là. Mais alors carrément.
« C'était quoi cette vedette ? Qu'est-ce qu'elle foutait là ? Et qu'est-ce que tu lui as
dit ? »
Ulysse « euh rien, c'était juste un ami d'enfance »
Les Pirates : « TU TE FICHES DE NOUS LA ? ON A LAISSE
TOUS LE MATOS EN BAS ! »
Et bien vous savez quoi ? Les Pirates et moi, on n'a plus jamais plongé ensemble.Allez savoir
pourquoi.
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